Европейска литература... (LITTÉRATURE EUROPÉENNE / LITTÉRATURES EUROPÉENNES. Les littératures balkaniques sont-elle européennes ?), in Bulgarian (by Roumiana L. Stantcheva)

Announcement title (long): 
Dans le champ du débat, ouvert par le titre – concernant l’adoption d’une notion générale au singulier ou l’usage du pluriel, qui signale les particularités des différentes littératures – се livre plaide pour l’étude, dans une optique comparée, de littératures européennes peu connues.
Country: 
Bulgaria
Production: 
Sofia, Ed. Balkani, 2012
E-mail contact: 

  

Roumiana L. Stantcheva

LITTÉRATURE EUROPÉENNE / LITTÉRATURES EUROPÉENNES

Les littératures balkaniques sont-elle européennes ?

Résumé

 

            Quand il est question de littérature européenne, on pense d’habitude aux modèles ouest-européens, ayant entré au long des années, à la liste des phénomènes canoniques. Dans le champ des débats, ouvert par le titre du présent ouvrage – concernant l’adoption d’une notion générale au singulier ou l’usage du pluriel, qui signale les particularités des différentes littératures – се livre plaide pour l’étude dans une optique comparée, de littératures européennes peu connues, car à l’étape actuelle de connaissance insuffisante, elles risquent de se perdre dans la notion beaucoup trop générale de « Littérature européenne ». La première partie de l’ouvrage, « Littérature européenne / Littératures européennes », s’engage justement à défricher des zones inexplorées de la littéraire comparée européenne, au moyen d’exemples de trois, voire davantage de traditions nationales. Dans la deuxième partie, qui porte le titre rhétorique « Les littératures balkaniques sont-elles européennes ? », la problématique s’élargit dans un contexte interdisciplinaire, pour dégager des particularités zonales dans les recherches littéraires européennes : les identités, la mytho-critique, la traduction, la migration et la réception.

            I.1. Petko Slaveykov, Athanasios Christopoulos et l’anacréontisme dans les littératures européennes. Dans ce chapitre sont examinés les motifs anacréontiques qui rapprochent le poète grec Athanasios Christopoulos (1772-1847) au poète bulgare de l’époque du Réveil national bulgare Petko R. Slaveykov  (1827-1895). Ce contact littéraire fructueux n’est en réalité qu’un maillon d’une chaîne littéraire européenne bien longue : à commencer par les poètes antiques tels Anacréon et Sapho, passant par Virgile, Pétrarque, Ronsard, par les poètes et les musiciens de la Renaissance, du siècle des Lumières, des romantiques, jusqu’au XXe siècle, sans pouvoir affirmer que ces motifs se soient épuisés pour les poètes contemporains. Les motifs anacréontiques, ressuscités au XIXe siècle dans les Balkans, sont venus combler en quelque sorte la lacune due à l’absence de Renaissance et de Siècle des Lumières dans la péninsule, tout en réalisant une corrélation avec la vision européenne de l’amour. Le lien avec la chanson en tant que pratique culturelle y est également examiné.

            I.2. La puissance suggestive des parfums dans la ville symboliste. La tendance européenne commune de la poésie moderniste consiste dans l’aspiration des poètes à compresser l’expression, à réaliser un message poly-sémantique.  D’habitude, la musique est désignée comme une sorte de garant de cette tendance. Nous présentons ici un autre procédé poétique : le parfum - invisible, non matériel, dépourvu de signification exacte, mais susceptible de nous émouvoir, chargé de connotations diverses. Le parfum est perçu par les sens en synesthésie et, à l’instar de la musique, il ne se rattache à aucune notion. En fait, un élément important, peu étudié, de l’imagination européenne est relevé, au moyen des poètes bien connus Charles Baudelaire, Paul Verlaine, ainsi que Maurice Rollinat et Tristan Corbière, examinés dans une optique comparative avec le poète roumain George Bacovia et les poètes bulgares Hristo Smirnenski et Dimitar Podvarzatchov.

            I.3. L’exotique et l’exotisme chez les modernistes européens. Paris de la Belle époque attire des écrivains, des peintres, des artistes et des musiciens du monde entier. Dans ce chapitre sont examinés l’exotisme et la thématique bohème des poètes de l’Europe du Sud-Est, en partant de l’exotisme lié aux politiques coloniales des pays occidentaux ; de même il est question des conceptions bohèmes du symbolisme français. Ainsi, les poètes Ion Minulescu (Roumanie), Kiril Christov et Dimitar Boyadjiev (Bulgarie), avec leur lexique moderne et leurs thèmes nouveaux, s’inscrivent dans le groupe des habitués fervents des cafés littéraires et des supporteurs de l’exotisme et de la vie sans souci du lendemain des milieux bohèmes.

            I.4. Les réincarnations modernistes de la danse. Dans les exemples présentés ici, nous assistons à l’interpénétration du modernisme en tant que forme/message et de la danse, en tant que concrétisation thématologique. Les idées philosophiques, esthétiques, morales, psychologiques et sociales de l’époque moderne trouvent leur interprétation au moyen du mouvement/danse chez des auteurs tels que Mircea Eliade, Friedrich Nietzsche, Johan Huizinga, Sigmund Freud. D’autre part, la question de l’unité transformatrice des littératures européennes est analysée par les textes d’Artur Schnitzler, Oscar Wilde, Matei Caragiale, Tchavdar Moutafov, Ion Barbu, Ghéo Milev, Marc Chagall, Luan Starova, Liviu Rebreanu, Mircea Cartarescu, Mile Nedelkovski, etc. Sur le plan thématique, les axes prioritaires se présentent comme suit : le modernisme en tant que critique de la vie moderne ; la femme fatale ; le Moi à l’envol ; le rapport modernisme-danse-inconscient ; le rôle structurel du thème dans le roman.

            I.5. Lе déguisement de la satire politique en poème – conte merveilleux. Les exemples à cet égard sont tirés de l’histoire de plusieurs littératures européennes modernes et de l’expérience particulière qu’elles connaissent à la suite de l’offensive des régimes totalitaires, surtout pendant et après la Seconde Guerre mondiale. La critique littéraire dogmatique exige la clarté de l’expression et l’engagement du message par rapport à la réalité contemporaine, à l’homme ordinaire, à une seule vision idéologique admise. Le déguisement de la critique sociale et politique en une forme littéraire, plus primitive, qu’est le poème-conte (dans l’œuvre de Konstantin Pavlov, Marin Sorescu, Jacques Prévert et Marcelijus Martinaitis) est fondé sur les paradoxes, les jeux de mots, les automatismes linguistiques, les réalités grotesques.

            II.6. Les Balkans dans la perspective culturaliste de Lucian Blaga. Dans ce chapitre sont examinés les images réciproques des Bulgares et des Roumains, qui se complètent mutuellement, imbriqués comme dans un puzzle. En traçant l’identité du Roumain dans son ouvrage philosophique La Trilogie de la culture (1944), le poète et philosophe roumain Lucian Blaga accorde une attention particulière à l’absence, au retrait, qu’il définit comme des formes de résistance à des moments critiques. Dans les analyses comparées sur le plan folklorique et ethnographique, l’auteur ne cache pas son admiration pour les peuples éloignés, tout en considérant ses voisins d’un œil plutôt hautain. Nous avons là la confirmation de pratiques assez connues, concernant la formation de l’image de l’Autre : on est toujours plus critique à l’égard des voisins, que des peuples éloignés.

            II. 7. Le mythe primitif et le mythe littéraire chez Mircea Eliade. L’unité dans la pensée de l’écrivain est poursuivie et on souligne le fait que la force de Mircea Eliade, historien des religions et des anciennes croyances mythologiques, ne réside pas uniquement dans ses recherches scientifiques. Il mérite d’être admiré aussi grâce à sa prose fantastique. Nous pouvons citer à titre d’exemple sont roman Le Serpent, analysé dans la double perspective du mythe primitif et du mythe littéraire.

            II. 8. Le travail de l’imagination. C’est en fonction de l’époque, du lieu, de la conjoncture politique, des exigences professionnelles et, non en dernier lieu, de l’attente du public, que le texte traduit subit le plus souvent des écarts à l’original, quelquefois à la saveur de l’adaptation. L’analyse des deux éditions les plus complètes de l’œuvre de Blaise Cendrars traduite en bulgare par Ivan Borislavov (en 1987) et par Kiril Kadiiski (en 2000) montre que le message esthétique de l’avant-gardiste Blaise Cendrars a été interprété avec justesse, et que le contexte bulgare ne s’est montré réticent qu’à l’endroit de l’érotisme brutal, direct, dans l’original. Dans le cas des deux éditions bulgares, le temps de l’avant-gardisme est révolu. L’intuition des traducteurs bulgares à l’harmonie contextuelle, à une époque privée d’avant-gardisme, leur a probablement dicté une certaine réserve à cet égard.

            II. 9. Personnes migratoires dans les arts : réception, adaptation, modernisme. Le chapitre examine les échos inattendus ou l’absence d’échos concernant quelque artiste, provoqués/non provoqués dans sa patrie, après qu’il l’ait quittée. La migration est liée à l’adaptation à une nouvelle langue, à un nouveau milieu et parfois, à l’instauration de relations nouvelles avec la patrie. L’analyse s’étend à quelques créateurs remarquables, qui ont choisi ou ont été contraints de choisir l’Occident européen : Amin Maalouf, Jean Moréas, Georges Papazoff, Panait Istrati, Christo, Julia Kristeva, Rouja Lazarova. Nous avons commenté des cas d’auto-adaptation lors des traductions en langue maternelle, tenant compte des conceptions théoriques de Marianne Lederer sur la déverbalisation, d’Iskra Nikolova sur la traduction et l’adaptation théâtrales, d’Antoine Berman sur la traduction, d’Edward Shils sur le Centre et la Périphérie, voire des excentricités du surréaliste français contemporain Paul Sanda.

            La fin du livre avec ses « Conclusions au pluriel » rappelle que des thèmes, des modèles, des formes, des genres, des identifications, des tendances et des mythes communs peuvent servir l’idée, consistant à prendre conscience et à proclamer d’une manière plus convaincante la Littérature européenne. Mais, il est indispensable avant, de prendre connaissance des phénomènes les plus éclatants dans les différentes littératures, en les situant dans une optique comparée. Toute formule générale exprimée à la hâte priverait l’idée de communauté de signification concrète. Aussi le livre plaide-t-il en faveur du pluriel.

            L’ouvrage est doté également d’un Index chronologique général des faits artistiques, d’un Index des parallèles artistiques par chapitres, d’une Bibliographie de la critique et des textes littéraires, ainsi que du présent Résumé en trois langues, ce qui permet de lire le livre, même en commençant par la fin.